dimanche 15 novembre 2009

Billet Temporaire, blog en déménagement...

A Y EST!!!

Le bail est signé, les chèques sur le point d'être encaissés (note pour mes amis et proches: à Noël, ça sera bisous et bons sentiments pour tous mais pas de cadeaux...), les clés dans nos poches. Bref, on a notre appartement. Vincennes, here we come!

Bon, plus que deux semaines de peinture dans tout l'appartement, un double déménagement à prévoir pour le 28 et une connexion internet à lancer dans le nouvel appart.

Je risque de snobber encore un peu vos blogs et le mien, mais ça n'est plus qu'une question de temps...

Excellentes lectures à tous.
Excellent déménagement à moi.

mardi 10 novembre 2009

Journal d'un cobaye

Journal d'un cobaye

A.J.Jacobs

Editions Jacqueline Chambon- Actes Sud

Traduit de l'anglais par Anne Guitton

270 pages









1ère phrase: "Au fil des ans, j'ai reçu beaucoup de suggestions."



Rencontre


Sur ma table "Essais littéraires" à sa sortie la semaine dernière. Achat immédiat sans avoir lu l'intégralité de la quatrième de couverture mais en me marrant tout seul en repensant à certains passages de "L'année où j'ai vécu selon la bible", paru l'an dernier.



Contenu


Pour ceux qui ne le connaissent pas (encore), A. J. Jacobs est un grand malade qui travaille comme journaliste au magazine Esquire, aux Etats Unis. Son truc: concevoir son travail (et sa vie) comme une vaste expérience. "Journal d'un cobaye" est ainsi l'anthologie d'une dizaine d'articles visant peu ou prou à comprendre le monde moderne par le biais du sacrifice Jacobsien.

Mais encore?


Dans "Ma vie dans la peau d'une belle fille", il teste les rencontres sur internet en cherchant un copain à la baby-sitter ultra sexy mais réservée de son fils. Il lui crée un profil, répond à sa place, et se prend très vite au jeu...


Dans "Ma vie délocalisée" (un des articles les plus bidonnants du recueil – attention aux gros éclats de rire bien violents dans le métro!), il tente d'appliquer la délocalisation d'entreprises à... sa vie personnelle. Il engage donc deux assistantes en Inde qui se chargent d'absolument tout pour lui, de la commande de pizzas aux mails à envoyer à son patron, en passant par les mots d'excuse post engueulade avec sa femme.


Dans "Je te trouve grosse", il teste le mouvement "Honnêteté radicale" qui impose d'une part à ne jamais mentir, quelle que soit la situation, mais également à dire à voix haute absolument tout ce qui vous passe par la tête.


Dans "Mes 240 minutes de célébrité", il profite de sa ressemblance frappante avec l'acteur Noah taylor (le jeune David Helfgott dans "Shine") pour se pointer à sa place à la cérémonie des Oscars, et tester ainsi la vie d'une célébrité et son cortège de fans transis.


Dans "Le projet Rationalité", il tente de forcer son esprit à ne plus suivre les cent mille biais cognitifs qui nous pourissent la vie (et la pensée), et tache de rationnaliser absolument tout ce qu'il fait, du choix de son dentifrice (scène culte) à l'érfadication de ses nombreux TOC.


Dans "La vérité sur la nudité", il se prête à une séance de photo de nu (à l'initiative de l'actrice Mary Louise Parker) pour comprendre ce que vivent les actrices dans ce genre de cas.


Dans "Monotâche", il combat le monde moderne en se forçant à ne plus faire qu'une seule chose à la fois (et on se rend vite compte que ça a l'air super balèze comme défi).


Enfin, suite à des suggestions de lecteurs, il offre à sa sainte de femme (qui supporte ses excentricités à longueur de temps) un mois entier à vivre selon ses ordres et à faire TOUT ce qu'elle veut lors d'un chapitre justement intitulé "Soumission".



Avis


Quitte à me répéter, Jacobs est un graaaaaaaaand malade. Déjà la victime de ses délires qui l'a poussé à vivre un an selon TOUS les précéptes de la Bible (depuis la façon de porter la barbe jusqu'à aller lapider des couples infidèles dans Central Park en passant par les dix commandements), il récidive cette fois avec cette série de défis aussi absurdes qu'hilarants. Mais là où ce type est très très fort, c'est que le coté potache de ses expériences ne gache en rien le réel intérêt journalistique qui l'incite à s'y prêter. Non content d'être drôle, il est profondément intéressant, et ses expériences contiennent en réalité de nombreuses choses passionnantes (ex: la liste des biais cognitifs qui influencent inconsciemment notre façon de penser et nous pourrissent la tête).

Personne ne peut lire l'article "Monotâche" et se dire "Non, non, moi, je ne suis pas comme lui, je ne fais toujours qu'une seule chose à la fois" (à moins d'être un sacré menteur). Et son expérience de l'Honnêteté radicale, pour aussi farfelue qu'elle paraisse pousse vraiment à réfléchir sur la valeur du mensonge dans notre société. (C'est bien beau de toujours vouloir dire la vérité sous prétexte que les relations humaines en seraient grandies, mais quand un ami, veuf inconsolable depuis peu, se met a écrire de la poésie pour surmonter son deuil et vous demande votre avis sur sa prose lamentable, est-il sain de le renvoyer à son incompétence littéraire, quitte à lui enlever sa dernière bouée de sauvetage?)


Ce petit livre se lit tout seul et laisse pleins de questions dans la tête, alors n'hésitez pas et jetez vous dessus. Vous pourrez enchaîner sur "L'année où j'ai vécu selon la bible" où, entre trois éclats de rire idiots dans le métro à chaque paragraphe, se dessinait une réflexion réellement passionnante sur le plus célèbre des romans jamais écrits (ouhla, je vais me faire bombarder mon blog par des intégristes moi...).


Petit PS à l'intention des coéditions Jacqueline Chambon-Actes Sud: quand sortirez vous la traduction de Mr Know-it-all, premier opus de A.J.Jacobs, où il se propose tout simplement... de lire l'intégralité de l'encyclopédie? J'attends ça avec impatience depuis la lecture du premier, où il en parle plusieurs fois, et la lecture de ce Journal d'un cobaye, a encore renforcé mon envie...



Pour qui?


Pour tous ceux qui aiment les livres (et les auteurs) complètement barrés, mais pas seulement.


Pour tous ceux qui depuis leur premier "petit chimiste", ont toujours eu le goût de l'expérience, quitte à en être le premier cobaye.


Pour tous ceux que notre monde moderne laisse pantois.


Pour tous ceux qui rêvent d'avoir deux jolies assistantes en Inde à qui déléguer 98% de leurs taches journalières.


Pour tous ceux qui aiment les textes proprement hi-la-rants.


Pour toutes les femmes qui rêvent que leur mari soient un peu versé dans les expériences Jacobsiennes.


Pour tous ceux qui aimeraient bien arrêter de se prendre la tête et qui découvriront dans ce livre comment "rationnaliser" à mort.


Pour tous ceux qui lisent cet article avec la musique en fonds sonore, un pote qui parle à proximité, la télé allumée sans le son, et dont l'eau des pâtes est en train de cuire dans la cuisine...



Extrait (Ma vie délocalisée)


J'ai constaté une chose: Honey et Asha ne disent jamais non. Je me suis mis à les tester en leur demandant d'accomplir des tâches de plus en plus bizarres, à la limite de l'abus de pouvoir. Lire le New York Times pour moi. M'envoyer une liste de questions tirées de Qui veut gagner des millions. Regarder des vidéos sur le net et m'en faire le résumé. La seule fois où j'ai eu une réponse qui se rapprochait d'un non, c'est lorsque j'ai demandé à Asha de faire des parties de solitaire à ma place, parce que je perdais trop de temps à y jouer sur mon PDA. Elle a répliqué que ça lui semblait être une "bonne idée", mais qu'elle s'en occuperait peut-être quand elle aurait terminé ses autres missions.



Bonnes lectures à tous!

dimanche 8 novembre 2009

Lettre ouverte à Alberto Manguel

Cher Monsieur,


je finis tout juste la lecture de "Ca et 25 centimes, Conversations d'Alberto Manguel avec un ami".

J'ai lu nombre de vos écrits, et les ai tous dévorés. Vous êtes sans doute l'essayiste le plus abordable, le moins sentencieux, et un des plus passionnés qu'il m'ait été donné de cotoyer dans mes heures de lecture. Vous lire me donne envie de lire, que dire de plus et quel plus beau compliment pourrais-je vous faire? Grace à vous, j'ai découvert L'épopée de Gilgamesh, Le vent dans les saules, Sei Shonagon, redécouvert Lewis Carroll et L'invention de Morel, entre autres, cela sans compter la liste de livres encore intouchés que vous m'avez déjà donné envie d'aimer, de Graham Greene à Chateaubriand...


Libraire depuis quelques années, amoureux fou de la fiction où je puise autant de visions du monde qu'une piste de justification à mon existence, je suis amené à conseiller certains clients qui cherchent des essais sur la littérature, ou des livres aptes à leur donner des idées de lecture, et je les tourne bien souvent vers vous. Dans ces cas, j'use d'une métaphore toute personelle, et sans doûte bien insolente. A mes yeux, vous avez toujours eu la figure du grand-père, au coin du feu, racontant non pas une histoire, mais une histoire des histoires, donnant envie au petit enfant que je continue d'être d'aller chercher par moi même les questions que je pourrais y trouver, qui trouveraient un écho dans ce que je suis. Quel meilleur grand-père en effet, que celui qui ne donne pas de leçons de vie toutes faites mais sait pousser l'enfant à se questionner sur celles qui pourraient lui être d'une quelconque importance?


Quel bien mauvais début! Les mots me manquent à l'heure d'écrire ces lignes que vous ne lirez pas. Ces Conversations m'ont touché, ému, et mes doigts tapotant le clavier, revenant sans cesse sur la touche "effacer" pour reprendre mes phrases résument sans doûte ce sentiment d'importance que ce texte a produit sur moi, peut-être bien plus que "Robinson et Pinocchio " ou "La cité des mots", dont mes exemplaires sont pourtant saturés de notes.


Vous lire m'aide à formuler des choses que je macère inconsciemment, questions lancinantes que je feins de ne pas aborder et dont je prétends ne pas entendre le bourdonnement à l'arrière de mon crâne.


Je me pose de plus en plus la question de mon lien avec la lecture, et plus encore, de mon lien avec la fiction. Sans doûte inutilement, je ferais mieux de lire. La construction d'un imaginaire, et la façon dont celui ci interagit avec notre vision du monde et de la pseudo réalité me fascine autant qu'il me pousse dans des abimes de perplexité depuis longtemps maintenant. Votre ouvrage La cité des mots m'a permis de solidifier une croyance personnelle que je n'avais jamais parfaitement formulée jusqu'alors. Dans la fiction se trouve sans doûte les débuts de réponses aux questions des hommes que les essais tentent vainement d'aborder en se contentant de pontifier. J'attends d'une histoire qu'elle me pousse non pas à comprendre les hommes, mais à m'interroger, sur eux, leurs réactions absurdes, leur magnifique bétise, leur fameuse "insociable sociabilité". Si l'histoire, la sociologie, la psychologie et la philosophie sont des domaines passionnants qu'une vie ne suffirait jamais à explorer, ils ne sont pourtant pas mon terrain de jeu, et c'est à travers les histoires, et les histoires toujours que je cherche des débuts de chemin vers ces réponses que je n'atteindrai sans doute jamais. Cela ne me dérange pas. Je crois avoir compris que seul le voyage comptait, et non la destination atteinte (une thématique souvent abordée dans les livres mais qui m'a sauté aux yeux plus clairement à travers un film, Une histoire vraie, de David Lynch; comme quoi polariser sur un support ne sert à rien...)


Je vous laisse la parole:

(...)le plus souvent, notre démarche est ferme. Nous savons que nous lisons même lorsque nous acceptons de faire taire notre incrédulité; nous savons pourquoi nous lisons même quand nous ne savons pas comment, conscients en même temps, pourrait-on dire, du texte créateur d'illusions et de l'action de lire. Nous lisons pour connaître la fin, pour l'histoire. Nous lisons pour ne pas atteindre cette fin, pour le seul plaisir de lire. Nous lisons avec un intérêt profond, tels des chasseurs sur une piste, oublieux de ce qui nous entoure. Nous lisons distraitement, en sautant des pages. Nous lisons avec mépris, avec admiration, avec négligence, avec colère, avec passion, avec envie, avec nostalgie. Nous lisons avec des bouffées de plaisir soudain, sans savoir ce qui a provoqué ce plaisir."

(Une histoire de la lecture. p. 434)

et la complète quelque peu (quelle prétention!) de divagations personnelles.


D'abord, je lis pour les histoires, les rebondissements, les attaques d'angoisse et de panique lors d'une péripétie; je lis pour les nuits blanches ou les heures de sommeil sacrément attaquées à faire semblant de me raisonner, je lis pour la joie lors d'un dénouement heureux et la merveilleuse tristesse d'une fin sordide, je lis pour me mettre en rogne, pour hurler à l'injustice, pour me rassurer sur notre triste race. Je lis pour les enquêtes du roman policier qui se retrouvent dans tous les autres textes, pour le fantastique de ce qui ne l'est pas, pour le rationnel comme l'irrationnel, qui ont bien entendu autant d'importance l'un que l'autre.


Je lis pour les rituels, tous mes tics de lecture qui sont autant de reflets tendant à prouver que je suis là, cette position allongée au moment de lire au lit qui n'est jamais confortable mais rarement désagréable pour peu que mon livre soit bien. Je lis pour le bonheur de vérifier (vous en parlez admirablement dans vos Conversations) combien de pages il me reste encore à lire, pour tenter vainement de deviner ce qu'il peut se passer dans l'intervalle, pour cette envie fréquente d'arrêter ma lecture pour relire une énième fois la quatrième de couverture avant de repartir à l'assaut des pages. Je lis pour que mon livre vive, qu'il se salisse, qu'il se corne, qu'il soit griffoné, que la cendre s'y glisse entre les pages comme autant d'inscriptions de mon passage à retrouver plus tard. Je lis pour l'objet, qu'il soit beau ou extrèmement laid.


Je lis pour l'auteur, pour la conversation silencieuse avec les morts et les vivants, ceux plus sages que moi qui ont un jour ressenti l'urgence de gratter quelques mots ou de déforester à tour de bras pour rendre compte de leurs obsessions, leur révolte, leur amour envers tout et contre tous.


Je lis pour la revanche des faibles et le triomphe des petites gens, je lis pour m'indigner et traiter notre race d'imbéciles qui ne cherche qu'à se détruire, je lis pour me regonfler d'espoir sur le génie sans fin que nous puisons dans nos propres rangs, je lis pour le découragement, pour cesser de me poser des questions insolubles, ainsi que pour m'accrocher et ne jamais baisser les bras. Je lis pour me mettre face à nos tares et me forcer à les trouver belles, je lis pour que nos minuscules victoires me désespèrent devant tant d'inutilité et parce qu'elles sont parfois les meilleures choses auquelles se raccrocher pour continuer le combat.


Je lis (et c'est là que votre livre m'est précieux) car si je dois bel et bien composer avec le monde extérieur, et accepter l'idée de sortir de chez moi ou de ma bulle, je n'en préfère et n'en chéri pas moins mon imaginaire, paysage intérieur où chaque lecture se joint et s'amalgame aux autres, nuancant un propos que je ne comprends que rarement mais qui est sans doûte bien réel, bien plus réel que ce que mes sens détectent à chaque instant. Je lis pour les fuites, pour les replis du derme civilisé, pour les réveils dans des mondes vierges ou désertés.


Je lis également pour le réel, et tout ce que je ne saurai jamais, pour découvrir les époques que je n'ai pas connu, les coutumes qui ne sont pas miennes, les pays que je ne foulerai pas, les destins qui ne seront pas miens. Je lis pour être une femme, un homme, un enfant, un loup, un poisson, un minéral, un objet, un cafard. Je lis pour me retrouver dans des lignes et comprendre ce qui m'échappe chez moi. Je lis pour, et pour, et pour.


Ma démarche est incertaine. Je m'éparpille. Mais le chemin est là et je l'arpente, à mon rythme.

Je cherche doucement.

Vous évoquez dans votre livre l'élaboration de votre bibliothèque, ou, devrais-je dire, de vos bibliothèques. Celle qui s'est construite au gré de vos voyages et de vos habitations, dans d'innombrables box de stockage éparpillés. Celle que vous aviez dans vos différents chez vous, transfuges de la précédente, et dont les titres changeaient suivant vos besoins, vos envies, l'écriture de vos essais necessitant tels ou tels titres. Celle, dont j'ai vu les photos sur cet internet que vous semblez détester, de votre résidence de Mondion, et qui est tout bonnement splendide et me fait languir d'en avoir enfin, un jour, une semblable, aussi belle et aussi complète, fruits de tant d'heures (de jours, de mois) de chinage, d'achats, de lecture. Vous écouter (je vous l'ai dit, vous faites partie des auteurs que j'entends raconter plus que je ne lis) narrer les semaines à déballer vos cartons enfin rassemblés, à faire des piles pour juger de la taille des différents domaines représentés avant de décider où seraient rangées chacune d'entre elles m'a fait baver d'envie, comme on écouterait la recette d'un plat qu'on sait qu'on mangera plus tard, en visualisant déjà le résultat et en sentant son estomac hurler pour que le temps s'accélère jusqu'à l'heure du repas. Le dernier jour, après avoir fini de ranger le dernier livre, vous racontez dans vos Conversations comment vous avez "étrenner" votre nouvelle bibliothèque en y dormant, à même le sol. Je vous comprends, et j'imagine la nuit délicieuse que vous avez dû y passer.


Plus que cela, vous parlez de votre bibliothèque intérieure, celle qui, de vieux souvenirs de lecture en textes à votre coeur fondamentaux, vous a aidé à vous construire, du plus jeune âge à celui de la lecture plus raisonnée. Vous parlez de vieux livres découverts à trois ou quatre ans que vous avez toujours, et de l'importance qu'ils gardent pour vous. Cette bibliothèque, je la construis jour après jour, en vérifiant quelques semaines après lecture d'un ouvrage ce qu'il m'en reste. Certains coups de coeur ne dépassent pas la semaine ou le mois, et d'autres textes qui m'avaient semblé rasoirs ou hors de ma portée continuent de me poursuivre pendant des semaines, jusqu'à me forcer à y revenir.


D'autres choix personnels relèveraient d'incohérences à n'importe quel lettré, comme le fait que Le vent dans les saules a plus d'importance a mes yeux que la Poetique d'Aristote, texte pourtant admirable et sur lequel je n'ai pas fini de me prendre la tete mais auquel il manque cruellement un joueur de pipeau aux portes de l'aurore...


Il me semble que c'était Borges qui disait que l'important n'était pas de lire, mais de relire. J'ai toujours vu cette bibliothèque intérieure comme celle de mes vieux jours, qui a elle seule necessite que je dure le plus longtemps possible. Un jour, où la société ne me demandera plus constamment de travailler et de rapporter pour elle (et pour mon propriétaire...), et que je vivrai sur de (je n'en doute pas) modestes rentes, je pourrai m'installer dans ma bibliothèque et reprendre du début tous ces textes qui, sans être parfois formidables, sont à mes yeux exceptionnels car ils recèlent une phrase, un paragraphe, voire un chapitre entier, qui m'ont coupé net la respiration et m'ont chair-de-poulisé le corps, signe s'il en est que quelque chose d'important est en train de se passer.


Je suis loin de ce moment. Le chemin est long encore. J'irai doucement... Il ne faut rien presser.


Ce délire verbal doit prendre fin. Je voulais tant écrire quelque chose de phénoménal pour vous remercier de ces quelques heures passées en votre compagnie, où vous avez eu la gentillesse de vous livrer, à moi et à personne d'autre, car la lecture, bien sûr est une Conversation avec un ami, qui n'est autre que le lecteur, une multitude de lecteurs peut-être, mais dont chacun est unique et a une façon absolument unique de vivre la même chose que les autres le temps de quelques centaines de pages.


En un mot, Merci.


Yvain



samedi 7 novembre 2009

Tag : Un conte d'automne, en sept points


L'été est bel et bien fini, il fait nuit dès six heures, la pluie est quotidienne, Sarkozy en pleine forme, Beigbeder Renaudot: bref, l'automne est là. L'envie de céder à une douce mélancolie (ou a une grosse déprime) n'est pas loin. Pas de soucis, voici les sept ingrédients essentiels pour un automne où être sûr de ne pas se morfondre...

1) Multipliez les contacts sociaux (sous le prétexte fallacieux de chercher un appartement)

Passez quarante-deux coups de fil par jour en commençant les conversations par un joyeux "Bonjour! Je vous appelle suite à une annonce parue sur tel site pour un deux pièces à tant par mois dans tel quartier". Courrez de lieu en lieu pour rencontrer des propriétaires pressés et des agents pleins de morgue qui vous feront visiter des trous à rats "tout à fait pour vous" ou de superbes F2 "tout à fait pour de plus gros salaires". Passez votre temps à harceler vos gentils garants car il manque toujours un papier attestant qu'ils ne se sont pas faits renvoyer de leur travail dans les dernières quarante-huit heures. Sillonez les rues de Paris pour aller d'agence en agence pour tester le capital sympathie d'agents qui vous demandent combien vous gagnez avant de vous demander ce que vous faites dans la vie et qui vous expliquent qu'à leurs yeux, le fait que vous et votre moitié ne soient pas pacsé fait de vous non un couple mais des colocataires. Avec cela, promis, aucun risque de céder au spleen d'un ciel bas et lourd comme un couvercle. Par contre, le stress permanent et les ongles rongés, bonjour!


2) Un peu de musique pour adoucir vos moeurs (vous en avez besoin...)



Vandaveer - Fistfull of swoon

Aucune hésitation: Vandaveer, dont le deuxième album "Divide and conquer" tourne en boucle sur votre chaîne hi-fi et votre mp3, est là pour vous aider dans cette sombre période où vos nerfs sont mis à mal. Après le premier album déjà fort sympathique où se révélait le génie du songwriting et la force tranquille d'un chant tout en maîtrise, ce nouvel opus obsèdant vous donnera des semaines de bonheur musical, d'autant plus si, obsessionnel que vous êtes, vous le découvrez chanson par chanson, avec mille cinq cent écoutes compulsives de chacune d'entre elles avant de passer à la suivante. Quand enfin vous connaîtrez par coeur l'album en entier, vous pourrez à l'aise l'écouter mille cinq cent fois de suite, en laissant (parfois) un peu de place aux très beaux albums de "The swell season" (le duo du film "Once"), "The Fitzcarraldo Sessions", sans oublier un soupçon de Juliette, dont le concert piano solo à la salle Gaveau arrive à grands pas, chanceux que vous êtes. Puis, réécoutez Vandaveer, parce que là, tout de même, ça fait deux heures, et ça fait long...

3) Explorez de nouveaux horizons (virtuels) et développez votre langage.

Ouvrez un blog de chroniques de vos lectures (que vous abandonnerez lâchement mais temporairement le temps de vous consacrer à votre vie sociale, voir petit 1) de cette liste), découvrez des gens passionnés et passionnants, lisez leurs articles et suivez leurs conseils, commentez leurs coups de coeur, inscrivez vous à des challenges idiots mais irrésistibles, alourdissez vos pals, et, d'ailleurs, découvrez les termes ésotériques des blogolecteurs: pal, lal, tags et autres swaps. Réalisez comme cette petite tribu étrange est sympathique et pressez vous de trouver ce bon dieu d'appart pour y consacrer plus de temps (tout en gardant une vie tout de même, note pour plus tard...).

4) Chroniquez des livres, d'accord. Encore faut-il en lire. Alors lisez, que diantre!

Quitte à ne pas avoir le temps de blablatter sur vos coups de coeur, n'oubliez pas de vous en coller plein les mirettes et le cerveau. Relisez "Matilda", de Roald Dahl, pour le plaisir des retrouvailles. Découvrez "La force des forts" de l'immense Jack London, recueil incroyable de nouvelles qui, de la préhistoire à l'anticipation, brassent toutes les époques et les styles. Soyez ému aux larmes (sans exagération) par les "Conversations d'Alberto Manguel avec un ami" en vous jurant d'écrire un article pour votre blog qui parvienne à exprimer le quart de la sympathie que vous ressentez pour ce monsieur. Lisez "La légende du Saint Buveur" de Joseph Roth, "La désagrégation du papillon" et "Une parfaite chambre de malade" de Yoko Ogawa et soyez reconnaissant à ces bonnes gens d'avoir (ou non) peiné des heures sur leur table de travail à pondre ces pépites. Enfin, surtout, lisez "Walden ou la vie dans les bois", "La vie sans principe", "Le paradis à (re)conquérir" et le "Journal 1837-1861" d'Henry david Thoreau, en vous réjouissant de ces lectures et en vous réjouissant encore plus à l'idée de les relire prochainement...

5) La culture, c'est bien, mais n'oubliez pas votre métabolisme (de crevette)

Un peu d'exercice ne vous fera pas de mal avant l'hiver et son cortège de gros repas et de plats en sauce bien lourds. Profitez de votre lieu de travail pour joindre l'utile à... votre travail: trimballez des colonnes de bacs pleins de livres à mettre sur table, descendez le surplus en réserve au sous-sol, remontez les quantités nécessaires quand vos tables se vident, installez en des quantités dans le grand escalier aux étages de votre magasin. recevez des palettes entières de piles en prévision des achats de noël, et ce dès début novembre. Alternez les exercices pour ne pas tomber dans la routine: d'abord du Goncourt et du renaudot au quintal, puis quelques exercices de beaux livres lourds comme des ânes morts (mais qui paraîtront bien légers dès qu'une bonne âme de votre entourage vous les offrira pour noël). Ne ratez pas l'aubaine d'avoir des escaliers entre votre surface de vente et vos réserves pour faire du step -descente les mains vides, remontée les gras chargés, au trot pour ne pas faire languir vos clients à qui vous devrez bientôt votre forme éblouissante (et en levant bien les genoux, hein!).

6) All work and no play make Jack a dull boy: un peu de tendresse que diable!

Dans ces moments parfois chargés, un brin d'amour n'est pas à négliger. Encore moins si vous en avez tout plein chez vous. Remerciez votre moitié d'être plus zen que vous (du moins en apparence) et d'épongez en prime vos éventuelles (sic) crises de panique de grand névrosé que vous êtes. Ménagez le de temps en temps. Rappelez vous que vous l'aimez très fort et que, aussi compliquée que la période vous paraisse, la douceur du home sweet home à deux est à la clé.
Idem pour cet affreux petit con de chat nommé Prosper Roblochon qui, entre deux coups de dents et trente-six conneries en cours, reste une formidable source de calins et de ronrons et un remonte-moral de première bourre (en tout cas jusqu'à ce qu'il veuille jouer et que vous oyez la seule antilope dans son champ de vision de tigre de salon...)

7) Un peu de malice et de roublardise

Ennuyez Choco, du Grenier à livres, en concluant sur le fait que non, vous n'irez pas jusqu'à 7, juste pour lui faire la nique. Remerciez la de vous avoir tagué pour vous forcer à prendre une heure pour faire ce post qui, au final, vous a bien détendu, et repartez au boulot, espèce de larve, il est grand temps !

vendredi 30 octobre 2009

Challenge Appartement

Un beau challenge s'il en est, qui consiste a trouver un appartement dans la jungle de l'immobilier parisien. Un peu balèze et un rien frustrant...

Je préfèrerai nettement m'atteler a des challenges plus intéressants, comme celui sur la littérature américaine qui tourne depuis peu, mais ma moitié n'apprécierait guère de me voir vautré sur mon canapé à m'enfiler du Faulkner pendant qu'il passe des coups de fil en cascade.

Bref, un article inutile pour juste préciser que non, non, je n'ai pas déjà laissé tomber les contes de caracole, et que si je ne donne plus de nouvelles, ce n'est pas seulement pour éviter le tag de Choco...

Bonnes lectures, bons challenges, et à bientôt!

mardi 20 octobre 2009

Les Visages

Les Visages
Jesse Kellerman
Editions Sonatine - 472 pages
Traduction Julie Sibony


1ère phrase: "Au début, je me suis mal comporté"



Rencontre

A la fin de Vendetta, de Ellory, il y avait une pub pour les prochaines sorties, et comme à peu près à chaque fois avec les Editions Sonatine, je me suis dit "P... Ça a l'air vachement bien, ça..." et comme à peu près à chaque fois avec les éditions Sonatine, je me suis jeté dessus dès qu'il est arrivé à la librairie.


Histoire

Ethan Muller est propriétaire d'une galerie d'art à New-York. Fils d'une longue lignée de Muller qui fait partie des familles les plus riches de la ville, il est un peu en froid avec sa famille, et plus particulièrement avec son père.
Un jour, il reçoit un coup de fil du bras droit de son père, la seule personne du clan qui trouve grâce à ses yeux, qui l'incite à venir jeter un coup d'oeil à des dessins retrouvés dans un appartement laissé à l'abandon depuis plusieurs mois dans une résidence appartenant à la famille. d'abord réticent, Ethan va y aller et découvrir un appartement rempli de cartons contenant environ 350000 dessins au crayons et au feutre. Rapidement, il va comprendre qu'il s'agit d'une espèce de carte symbolique, rempli de créatures et d'annotations, qui se collent les unes aux autres pour ne former qu'un immense dessin de plusieurs dizaines de mètres de long et de large. Convaincu d'avoir trouver l'artiste qui fera définitivement décoller sa galerie, il fait la main basse sur tous les dessins et commence à réfléchir à une future exposition.
Mais quid de l'artiste, Victor Cracke? Introuvable, peut-être mort -ce qui ne serait pas pour déplaire à Ethan- on ne sait simplement rien de lui. Ses voisins le connaissaient si peu (malgré trente ans a vivre au même endroit) que la moindre description physique s'avère impossible.
Ethan met en exposition quelques tableaux (des "toiles" de dix dessins sur dix) et le succès est immédiat. Mais un ancien flic téléphone rapidement au galeriste pour lui demander une entrevue. Il a longtemps enquêté, quarante ans plus tôt, sur les crimes d'enfant d'un serial killer qu'il n'a jamais réussi à arrêter, et les petits angelots sur le panneau central de l'oeuvre sont, aucun doute là dessus, les visages des enfants assassinés. Ethan, littéralement obsédé par cette histoire, va tout faire pour en avoir le fin mot.


Avis

Longue vie à Sonatine! Après R.J. Ellory, après Shane Stevens, après Steve Mosby, voici de nouveau un thriller complètement atypique et foutrement efficace. Ecriture limpide (l'auteur, qui a 31 ans, est le fils de Jonathan et Faye Kellerman, pour ceux qui connaissent), intrigue formidable, plongée passionnante dans le monde de l'art new-yorkais, de ses codes et de ses insupportables habitants, ambiance noire à souhait, relations entre personnages fouillées, tout y est!

L'enquête d'Ethan, qu'il dit vouloir raconter comme un roman policier sans bien être sûr d'en être capable, est entrecoupée par des interludes allant de 1847 à nos jours, qui reprend l'arrivée et l'expansion de la famille Muller aux Etats-Unis, éclairant au fur et à mesure les relations d'Ethan avec son clan -et de bien d'autres choses qu'il vous faudra découvrir par vous mêmes. Ces parties font beaucoup dans le charme de ce roman qu'on lit en regrettant (pour ma part) de ne pas pouvoir passer 48h au lit avec une bonne réserve de café pour se l'envoyer d'un coup, tant l'intrigue est excellente dès le premier chapitre.

Autre point très positif; je ne m'étais pas fait autant plaisir à lire un roman traitant d'art depuis Tout ce que j'aimais, de Siri Husvedt et Le tunnel de Sabato. Les passages concernant le petit monde de l'art à New-York sont aussi divertissants qu'énervants (le personnage de l'artiste hystérique Kristjana est particulièrement gratiné).

Quand au fin mot de l'histoire... Et bien disons simplement qu'il ne laisse pas sur sa faim... Et bonne lecture à vous!


Pour qui?

Pour ceux qui aiment les thrillers atypiques, les éditions Sonatine et leur formidable catalogue.

Pour ceux qui n'aiment pas les thrillers classiques, mais ne demandent qu'à découvrir ce genre.

Pour ceux que l'art intéressent/passionnent/intriguent.

Pour ceux qui aiment les grandes sagas familiales et les secrets sur plusieurs générations.

Pour ceux qui aiment les coups de théâtre et autres twists in the end.

Pour ceux qui ne peuvent déjà plus quitter la couverture des yeux...


Extrait

Les gens ne se rendent pas compte de la créativité qu'il faut pour être marchand d'art. Sur le marché actuel, c'est le galeriste, et non l'artiste, qui fait le plus gros boulot. Sans nous, il n'y aurait ni modernisme ni minimalisme, aucun de tous ces mouvements. Les plus grandes stars de l'art contemporain seraient peintres en bâtiment ou profs de dessin dans des cours du soir. Les collections des musées s'arrêteraient à la Renaissance; les sculpteurs en seraient encore à modeler des dieux païens; la vidéo serait le domaine exclusif de la pornographie, le graffiti un délit mineur et non la base d'une industrie multimillionaire. L'art, en somme, cesserait de prospérer. Et ce parce que, dans une société post-Eglise, post-mécénat, ce sont les marchands qui raffinent et canalisent le fuel qui fait tourner le moteur de l'art, qui l'a toujours fait et le fera toujours tourner: l'argent.

mardi 13 octobre 2009

Adaptations musicales

Bonjour à tous,


depuis un certain temps, je tiens un début de liste qui n'avance guère et pour laquelle j'aurais bien besoin d'un coup de pattes. Connaissez vous des adaptations musicales de romans ou de nouvelles?


Sont exclus car trop nombreux:

les comédies musicales type Notre dame de Paris

la poésie classique mise en musique (sinon, il faudrait remonter jusqu'aux lieder de Schubert ou aux litanies religieuses...)



Exemples:


La chanson One de Metallica résume le monologue intérieur du narrateur de Johnny s'en va-t-en guerre de Dalton Trumbo.


Les Têtes Raides, qui adaptent beaucoup de poètes, ont fait une mise en musique du texte intégral de Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman (18 minutes, un chef-d'oeuvre).


Juliette (meilleure chanteuse française et spécialiste de l'adapatation musicale) a adapté Buzzati pour Il s'est passé quelque chose, la tour d'amour de Rachilde pour sa chanson Monsieur Vénus, et une nouvelle de Franck Stockton pour La jeune fille ou le tigre?. Quant à la chanson Le festin de Juliette, si elle dévie beaucoup du Festin de Babette de Karen Blixen, elle n'en est pas moins un clin d'oeil évident.


Et la liste s'arrête peu ou prou ici... Pourtant, il doit y en avoir des paquets, ne serait-ce qu'en chanson française. Est-ce que vous pensez à des choses? Auquel cas, n'hésitez pas à laisser vos idées en commentaire. Merci d'avance...